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L’Afrique de Senghor
Champion de la dignité africaine et du dialogue entre civilisations, maître de la poésie, un homme d’Etat pour le Sénégal, un visionnaire pour l’Afrique, un ami pour la France, l'Ambassadeur universel de la culture de l'Afrique noire, le guide universel de la francophonie…Ces différentes qualifications accordées à Léopold Sédar Senghor (1906-2001) par des hautes personnalités politiques comme Kofi Annan ou Jacques Chirac n’ont pourtant pas été suffisantes pour le décrire. Le premier Président-poète du Sénégal indépendant (1960-1980) mais aussi le premier Africain à siéger à l'Académie française et l’initiateur du Festival mondial des arts nègres, cet homme exceptionnel, dans son long parcours de 95 ans, a non seulement changé le destin de son pays mais aussi celui de l’Afrique.

Léopold Sédar Senghor décède en 2001 en laissant derrière lui des admirateurs mais aussi des détracteurs comme tout grand homme. Selon le Président Bongo, « pour l'Afrique, c'est une voix, la voix d'un homme d'Etat, la voix d'un poète, la voix d'un humaniste qui vient de s'éteindre ». Mais, en réalité, cette voix ne s’est jamais éteinte. Elle est toujours présente dans les poèmes de Senghor et continue à faire écho.

«Penser et agir par nous-mêmes et pour nous-mêmes, en Nègres..., accéder à la modernité sans piétiner notre authenticité.». Selon Senghor, il fallait s’assumer sans être assimilé. Lui, il en a été un parfait exemple : originaire d’une ethnie minoritaire au Sénégal, Senghor passe toute sa vie entre son pays natal et la France mais « accède à la modernité sans piétiner son authenticité ».    

Apres avoir passé les vingt-deux premières années de sa vie au Sénégal (1906-1928), il se lance dans une grande aventure en France. Pendant ses « seize années d’errance », selon ses dires, il bâtit peu à peu le début d’une carrière qui commencera à briller dès 1945 : l'agrégation de grammaire en 1935, enseignement des lettres et de la grammaire au lycée Descartes à Tours (1935-1938), occupation de la chaire de langues et civilisation négro-africaines à l'École nationale de la France d'outre-mer de 1944 jusqu'à l'indépendance du Sénégal.

L’année 1945 est non seulement un tournant dans l’histoire de l’humanité mais aussi dans celle de Senghor : c’est le début d’une carrière politique qui durera presque 40 ans (1945-1981), dont les quinze premiers en France et le reste au Sénégal. Senghor sera honoré de différents titres : député de la circonscription Sénégal-Mauritanie à l'Assemblée nationale française, secrétaire d'État à la présidence du Conseil dans le gouvernement Edgar Faure (1955-1956), maire de Thiès au Sénégal (novembre 1956), ministre conseiller du gouvernement Michel Debré (1959-1961), conseiller général du Sénégal, membre du Grand Conseil de l'Afrique occidentale française et membre de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe...

Mais c’est le 5 septembre 1960, date qui sera ancrée à jamais dans la mémoire collective du peuple sénégalais que Senghor est élu premier Président de la République du Sénégal. Durant les vingt ans de son mandat, Senghor contribue fortement au développement de son pays notamment en instaurant le multipartisme et un système éducatif performant.

En étant docteur honoris causa de trente-sept universités, Senghor est un homme politique « multidimensionnel » comme le qualifient certains. Sa grande sensibilité littéraire est digne d’une reconnaissance internationale et le fait accéder à l’Académie française le 2 juin 1983: médaille d'or de la langue française ; grand prix international de poésie de la Société des poètes et artistes de France et de langue française (1963) ; médaille d'or du mérite poétique du prix international Dag Hammarskjoeld (1965) ; prix international du livre, attribué par le Comité international du livre (Communauté mondiale du livre, UNESCO, 1979) ; prix pour ses activités culturelles en Afrique et ses œuvres pour la paix, décerné par le président Sadate (1980) ne sont que quelques exemples parmi d’autres illustrant l’exceptionnalité de cette grande figure sénégalaise.

Pour Senghor, l’art devrait servir à réfléchir sur la place de l’Afrique et de la diaspora africaine dans le monde. L’un des premiers à aborder le concept de « négritude » qu’il définit comme « l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir, telles qu’elles s’expriment dans la vie, les institutions et les œuvres des Noirs », Senghor lance ainsi à Dakar le premier Festival mondial des arts nègres en 1966 afin de « prouver à l’univers la richesse, la vivacité et la variété des valeurs culturelles issues de la négritude ».

Avant de mourir, Senghor « avait rêvé d’un monde de soleil dans la fraternité de ses frères aux yeux bleus » en proclamant la complémentarité et l’égalité entre Blancs et Noirs. Son rêve était concrétisé dans les vers suivants :

« Ma Négritude point n'est sommeil de la race mais soleil de l'âme, ma négritude vue et vie (…)
Ma tâche est d'éveiller mon peuple aux futurs flamboyants
Ma joie de créer des images pour le nourrir, ô lumières rythmées de la Parole ! »

Huit ans après la mort de Senghor, quatre-vingt pays se préparent aujourd’hui pour participer au troisième Festival mondial des arts nègres afin de réaliser ce rêve.