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Fesman2009

« Bondoeng culturel » à la Sorbonne
congrs_1956Le Premier congrès international des écrivains et artistes noirs s’inscrit dans l’histoire politique et culturelle du 20e siècle comme « le premier grand rendez-vous culturel international qui pose l'affirmation des identités singulières de chaque peuple comme la condition indispensable à toute décolonisation véritable ». Aujourd’hui, 53 ans après l’organisation de ce grand événement, c’est la troisième édition du FESMAN qui porte le flambeau du continent africain.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en 1947, l’intellectuel sénégalais Alioune Diop fonde, en collaboration avec Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire, la revue et la maison d’édition Présence Africaine, dédiées à la défense des valeurs de la civilisation nègre.

Pour réaliser cette mission, Présence Africaine met en place plusieurs activités dont le Premier congrès international des écrivains et artistes noirs, événement organisé du 19 au 22 septembre 1956, dans l'amphithéâtre Descartes de la Sorbonne à Paris et qui, malgré le manque de soutien étatique, obtient un très grand retentissement.

Qualifié de "Bandoeng culturel" par la presse internationale, le Congrès doit son succès à la participation d’une centaine d’éminents intellectuels venus de toute l’Afrique, d'Europe, des Etats-Unis et des Caraïbes pour débattre de la « crise de la culture négro-africaine ».

Dans son discours d’ouverture, Alioune Diop déclare : « […] Ce jour sera marqué d’une pierre blanche. Si depuis la fin de la guerre, la rencontre de Bandoeng constitue pour les consciences non européennes l’événement le plus important, je crois pouvoir affirmer que ce premier Congrès mondial des Hommes de culture noire représentera pour nos peuples le second événement de cette décennie ».

S’inscrivant dans la lignée des congrès panafricanistes organisés au début du 20e siècle à Londres, à New York, à Bruxelles et à Manchester et soutenu par de nombreuses personnalités célèbres comme André Gide, Jean-Paul Sartre, Albert Camus et Théodore Monod, le Premier Congrès reçoit même l’appui de Pablo Picasso qui dessine à cette occasion le portrait d'un homme noir, utilisé pour l'affiche officielle de l’événement.   

À l'issue de ce Premier Congrès qui réussit à donner un statut au monde noir, à ses cultures et civilisations, c’est la Société africaine de culture (SAC) qui voit le jour. Celle-ci a pour mission "d'unir par des liens de solidarité et d'amitié les hommes de culture du monde noir, de contribuer à la création des conditions nécessaires à l'épanouissement de leurs propres cultures" et de "coopérer au développement et à l'assainissement de la culture universelle". En 1958, de par son statut d'Organisation internationale non gouvernementale, la SAC obtient le statut consultatif, catégorie A de l’UNESCO.

C’est à l’initiative de la SAC que le Premier Congrès est suivi d’autres événements d’exception : le Deuxième Congrès des écrivains et artistes noirs à Rome en 1959 puis trois festivals panafricains majeurs: le Premier Festival Mondial des Arts Nègres (FESMAN) à Dakar en 1966, le Festival d'Alger en 1969 et celui de Lagos en 1977.
À l'occasion du cinquantenaire du Premier Congrès, commémoré à l’UNESCO du 19 au 22 septembre 2006, la Société africaine de culture, soucieuse de s’adapter au contexte de la mondialisation après les indépendances des pays africains, cède sa place à la Communauté africaine de culture (CAC).

Désormais présidée par l'écrivain nigérian Walé Soyinka, prix Nobel de littérature, la Communauté africaine de culture vise non seulement à réactiver les principes fondateurs de la Société Africaine de Culture, mais aussi à « coopérer au dialogue interculturel et à la promotion de la paix ».